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MERCI TOUSSUS... VIVE LA FRANCE !


Rédigé le Mercredi 7 Octobre 2009 à 19:00 | Lu 6437 commentaire(s)

L’on avait pu croire exagéré, voire tendancieux ( ?) un récent article du Figaro dénonçant le « scandale » des 12 heures hebdomadaires de travail réel de certains contrôleurs aériens.
Il était en réalité en deça de la réalité quelquefois vécue…


MERCI TOUSSUS...  VIVE LA FRANCE !

Dimanche 5 Octobre 20h25 heure locale.
Je touche de nuit les côtes françaises aux commandes d’un Globe Swift de 1946 que je ramène en solitaire des Etats-Unis (et pour la petite histoire, le premier appareil de ce type en 63 ans d’existence à gagner l’Europe par ses propres moyens), après 33 heures  de vol en 3 jours et demi d’Oshkosh à Paris en passant par Sainte Catharines-Niagara, Mt Joli (Canada) Goose Bay (Labrador), Narssasuaq (Groenland), Reikjavik (Islande) et Wick (Ecosse).
Un très bel avion destiné à être utilisé demain par les extra-ordinaires pilotes handicapés des Mureaux pour lesquels, en toute admiration et amitié, j’ai accepté de faire ce convoyage pas évident sur ce genre de machine, surtout en cette saison et avec pour seul copi-copain à droite un réservoir supplémentaire de 35 gallons, d’une froideur impassible, même quand j’ai eu très chaud !


33 heures de vol,
dont une moitié paradisiaques ( les glaces bleues du Groenland, l’arrivée de nuit sur la baie de Keflavik, le ciel clair du soleil couchant au niveau 130 au dessus de la couche…)
l’autre, infernales ( le très grand froid du très Grand Nord à moins 10 Fahrenheit en l’air, un réchauffage de cockpit impuissant  et l’iso 0°C au niveau de la mer, 100 mètres de visibilité au seuil 07 à Narssasuaq avec heureusement 3.000 mètres au seuil 25 qui permettent tout de même de toucher la piste avant de rentrer dans le brouillard avec un pitot givré pendant la descente sur Reikjavik qui, heureusement par nuit claire au sol, oblige pour atterrir tant bien que mal à faire la différence entre la vitesse-sol donnée par le GPS et la vitesse du vent avec rafales à 25 Nœuds passée par la Tour…
et la conversion, dans une tête refroidie hors de la combinaison de survie par 5h d’altitude glaciale, des millibars européens retrouvés en Islande en inches de l’altimètre américain.


Mais à part ça, tout va très bien, Madame la Banquise, grâce à la bonne volonté de l’avion de réussir sa traversée et à une coopération extraordinairement efficace et bienveillante de la part des contrôleurs et contrôleuses de la totalité des pays traversés : 
USA, Canada Groenland, Islande, Ecosse, Angleterre et France.
En tout cas, pour ce dernier pays, le nôtre,  jusqu’aux approches de Roissy et d’Orly acceptant des directes Epernon puis Hollande depuis la Manche pour raccourcir la dernière étape de l’Odyssée et la 11ème heure de vol du jour.

Il fait beau à Toussus cette nuit, après une nouvelle traversée de couche et l’autorisation bénie de rejoindre la procédure d’arrivée à 4000 pieds au lieu du Niveau 60, encore givrant.
Hélas, c’est là que tout se gâte.
Refus, à ma demande  relayée sympathiquement par de Gaulle, du contrôleur ou de la contrôleuse en service d’attendre les 7 minutes nécessaires, après les 21h fatidiques de l’auto-info du Dimanche soir, pour  me permettre d’éviter les 25 minutes de vol  supplémentaires que nécessite la procédure ILS puis le passage verticale à 1500 pieds puis l’intégration à vue dans le tour de piste pour la 25.
Procédure imbécile et accidentogène dont j’ai déjà par ailleurs demandé la révision, pour éviter aux pilotes basés ou familiers du terrain (je dis bien pilotes comme c’est la règle dans le monde entier, et pas avions comme chez nous, ce qui est ridicule, car c’est bien le pilote qui doit connaître la procédure et non l’avion qui, lui, s’en moque…), de perdre à 1.300 ft la vue de la piste éclairée en vent arrière…

Sachant aussi que ces 7 minutes de délai de grâce demandées auraient permis par vent calme et visi sup à 10k un atterrissage en 07 et donc un toucher avant même les 7 minutes de grâce demandées.


A vivre ces instants, après 33heures de vol et trois jours et demi difficiles ( réveil à 3h du matin à Goose, pour atteindre Narssasuaq avant la nuit qui tombe en début d’après-midi au Groenland en cette saison, en redécoller au crépuscule pour l’Islande afin de raccourcir la durée du vol de nuit sur l’Océan avec une arrivée à 23 heures locales et UTC  qui sont là-bas les mêmes) on a vraiment envie de dire :
Merci Toussus, Vive la France !


Je sais bien qu’une exception, sans doute ici le cas ? , ne fait pas la règle, mais tout de même, depuis Louis XVI et Marie-Antoinette, on croyait définitivement révolu le temps fameux de la supplique « encore un instant, M. le bourreau ».
Hélas, il n’en est rien et la révolution est encore à faire chez certains de nos contrôleurs… 

Gérard David







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